Catégorie : Actus

Texte de présentation (octobre 2016)

Depuis de nombreuses années la Méditerranée est devenue un véritable cimetière pour les migrant-e-s. En cause, la politique migratoire des États européens et de l’État français, avant tout sécuritaire : ils dépensent des sommes colossales pour empêcher les migrant-e-s d’arriver en militarisant les frontières, en contrôlant, « triant » dans des camps, en construisant des murs ou en expulsant vers une Turquie en pleine dérive autoritaire. Le choix du gouvernement français de n’accueillir qu’une poignée des populations qui fuient les guerres, le terrorisme, la misère constitue un véritable crime et vise en réalité à diviser les populations, à rendre les migrant-e-s invisibles tout en entretenant la peur de l’étranger.

Dans notre ville comme ailleurs, les moyens donnés par l’État et les collectivités locales sont nettement insuffisants, à commencer par le manque de logements, malgré les places supplémentaires des nouveaux CADA. De nombreuses personnes, des familles, des enfants, se retrouvent à la rue, isolé-e-s et sans moyens de subsistance. Rien, ou très peu, n’est prévu pour assurer l’interprétariat, les cours de français, l’accès aux soins et aux transports…
Toutes ces tâches reposent sur d’éventuel-le-s bénévoles.
Nous refusons la discrimination entre migrant-e-s économiques et réfugié-e-s politiques et nous luttons pour le droit de vivre et s’installer pour tou-te-s, là où chacun-e le souhaite. Notre collectif, créé en mai 2016, veut impulser avec les migrant-e-s un réseau de solidarité pour les aider à sortir de leur isolement social, favoriser l’échange, la rencontre et la découverte de notre société. Mais aussi les soutenir dans la bataille pour l’égalité des droits, l’obtention de meilleures conditions d’accueil, et dénoncer l’absence de politiques dignes des enjeux.

Point sur notre fonctionnement (novembre 2016)

Un collectif, c’est comme une auberge espagnole, on y trouve ce que l’on y apporte. Il n’a pas d’existence ni de capacités d’action en dehors des gens qui le composent, qui s’y impliquent, chacun-e selon ses capacités et ses disponibilités. C’est aussi un espace qui peut permettre de renforcer les initiatives des un-e-s et des autres, pour peu qu’elles soient mises au pot commun.
Nous avons fait le choix, et il y a eu débat, d’agir et sur le plan de la solidarité concrète et sur celui plus politique de la visibilisation de la situation des migrant-e-s et des causes qui mènent à cette situation. Car sans replacer la question des migrant-e-s dans l’espace public, il n’y a pas de perspectives autres que celles de coups de main qui pallient des manques comme on bouche un puits sans fond. Jusqu’à ce qu’on abandonne, épuisé-e.
Malgré les difficultés, nous restons persuadé-e-s que notre double positionnement est pertinent. Nous faisons aussi le constat que, même s’ils sont très insuffisants, les espaces de solidarité sur la ville existent, ce qui n’est pas le cas des espaces de visibilité de la situation des migrant-e-s. Et que sans construction commune, il n’y pas de perspectives de bâtir un rapport de force pour tenter de faire bouger les lignes, d’obtenir ce qu’une solidarité individuelle isolée ne peut pas atteindre.

Actus, Solidarité et copinages

Procès d’un citoyen solidaire du Briançonnais

Crédit photo : comité de soutien 3+4+2+…

Jeudi 24 octobre à 14h, Pierre, un solidaire briançonnais comparaîtra devant la cour d’appel de Grenoble (38) pour délit de solidarité. Ce nouveau procès succède à celui de Kevin le 2 octobre dont le verdict est attendu le 23 octobre. Comme Kevin, Pierre est accusé d’aide à l’entrée de personnes en situation irrégulière sur le territoire français. Comme Kevin, Pierre est poursuivi alors qu’il portait secours à des personnes en danger en montagne, en hiver dans les Hautes-Alpes.

Communiqué de presse 

Lettre de Pierre https://collectifmigrant-e-sbienvenue34.org/wp-content/uploads/2019/10/2019-10-16-Appel-à-soutien-des-maraudeurs-lettre-de-Pierre.pdf

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Actus, Articles de Presse

Des entreprises qui ne fonctionneraient pas sans les travailleurs sans-papier…
Une quarantaine de travailleurs sans-papiers travaillent pour la mairie de Sèvres, d’après Solidaires. Cette grève vient faire écho à l’action de la CGT lancée mardi par 140 sans-papiers dans douze sociétés à Paris et en banlieue.

Des travailleurs sans-papiers employés par une entreprise de nettoyage sont entrés en grève samedi 5 octobre, en envahissant brièvement la mairie de Sèvres (Hauts-de-Seine), où ils sont employés, pour demander leur régularisation. Une vingtaine de travailleurs sans-papiers de la société CPN, accompagnés de militants du syndicat Solidaires, ont demandé à être reçus par la mairie pour faire connaître leur situation et demander au maire de faire pression sur l’entreprise et la préfecture afin qu’ils soient régularisés.

Source : le Monde  – lire la suite ci-dessous. 

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30 ans de lois françaises sur l’immigration. Un débat sans fin….

Source : ARTE – octobre 2019

Le 7 octobre a lieu à l’Assemblée nationale le premier débat annuel sur l’immigration proposé par Emmanuel Macron. Le chef de l’État avait lancé cette idée à l’issue du grand débat, même si le sujet n’apparaissait pas comme une des principales préoccupations des gilets jaunes. À cette occasion, ARTE Info a décidé de se pencher sur la politique migratoire de la France, et plus précisément sur l’avalanche de lois sur l’immigration, l’asile et la nationalité promulguées au cours des trente dernières années. Nous en avons dénombré 21 depuis 1986. Leur étude révèle une complexification et un durcissement progressifs du droit des étrangers avec, en arrière-plan, la montée de l’extrême droite en France.

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Montpellier : 250 personnes manifestent contre le mal-logement

Crédit photo : lepoing.org

Environ 250 personnes se sont réunies ce vendredi 4 octobre à 17h30 place Salengro, à Montpellier, pour dénoncer l’inaction de l’État face au mal-logement. Beaucoup de gens vivant dans des squats étaient présents, notamment les familles de sans papiers du CSA de la rue Bonnard, venues avec leurs enfants dans une ambiance joyeuse et conviviale.

Le cortège a déambulé paisiblement cours Gambetta, avant de remonter la place de la Comédie, en chantant le célèbre chant anti-Macron popularisé par les gilets jaunes, cette fois ci détourné pour cibler le maire de Montpellier : « Oh Philippe Saurel, oh tête de brêle, on vient tous squatter chez toi ! ».

Lire la suite sur le site du Poing 

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Débat sur l’immigration : pour regarder la réalité en face

DEBAT SUR L’IMMIGRATION :
POUR REGARDER LA REALITE EN FACE
REDONNONS DU SENS AUX MOTS ET REMETTONS LES CHIFFRES DANS LEUR CONTEXTE
Le président de la République a voulu remettre la question de l’immigration à l’ordre du jour de l’agenda politique, d’abord en l’inscrivant dans les conclusions du « grand débat » puis en en faisant un rendez-vous parlementaire annuel. « Nous n’avons pas le droit de ne pas regarder ce sujet en face », aurait-il dit. Il serait temps en effet de regarder ces questions avec réalisme en s’appuyant sur la réalité des chiffres et le vécu des personnes que la LDH, comme d’autres associations, accompagne et défend au quotidien.

Pourtant, les informations distillées dans la presse, notamment après une rencontre du Président avec les parlementaires de la majorité, ne peuvent qu’aggraver les inquiétudes de toutes celles et tous ceux qui sont attachés à la défense des droits fondamentaux et aux valeurs de la République.

Il semble donc plus que jamais nécessaire de démêler le vrai du faux, d’éviter les amalgames en utilisant des mots adaptés et de replacer les chiffres dans leur contexte.

Ce document est donc une contribution aux débats permettant de lancer une réflexion dans ce sens.

A lire…. 

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Actus

Obligation de quitter le territoire pour Moustapha Gueye, Professeur de physique, dans 2 collèges dans l’Hérault !

Ci-contre le communiqué de presse des personnels du collège Gérard-Philippe demandant au Préfet d’annuler l’OQTF et de permettre à Moustapha Gueye de faire sa demande de naturalisation.

Les enseignants du collège Gérard-Philippe ont déposé un préavis de grève pour lundi prochain en soutien à leur collègue menacé d’expulsion.

Ci-après  pétition à signer : http://chng.it/qDMFWmQq

 

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Actus, Articles de Presse

Des officiers de l’OFPRA témoignent de leurs conditions de travail….

« Ce qui me gêne, c’est le traitement différencié selon les nationalités » : des officiers de l’OFPRA témoignent
par Ouafia Kheniche
publié le 7 octobre 2019 à 6h02

Ces deux fonctionnaires de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et des apatrides) ont accepté de témoigner de la réalité de leur travail au micro de France Inter. Les deux juristes répondent à toutes les questions qui concernent les 300 dossiers de demandes d’asile qu’ils gèrent chaque année.

Ils sont officier à l’OFPRA et considèrent que le droit d’asile, qui relève de la convention de Genève, est aujourd’hui attaqué en France

Nous ne dirons pas grand chose de ces deux officiers de l’OFPRA. En témoignant, ils risquent non seulement de perdre leur emploi, mais aussi théoriquement des sanctions pénales (jusqu’à 3 ans de prison). Il n’a pas été facile de les convaincre de parler, même anonymement (leur prénom a été changé).

Ces deux juristes de formation et leurs 500 collègues ont la lourde responsabilité de délivrer ou pas le précieux sésame qui permet à une personne d’obtenir le droit d’asile. Sur les 122 000 demandes annuelles, 88 000 sont rejetées. Leur métier est donc difficile, souvent méconnu, régulièrement mêlé aux questions relatives à l’immigration. Ils avaient donc à cœur de mettre un peu d’ordre, de droit et de réalité sur ce sujet qu’ils connaissent bien pour le pratiquer depuis plusieurs années.

S’ils ont décidé de parler à un média, c’est en grande partie parce qu’ils pensent tous deux que le droit d’asile, qui relève de la Convention de Genève, est aujourd’hui attaqué en France. Une crainte renforcée par les propos tenus le 16 septembre dernier par le président de la République. Devant les ministres et parlementaires de la majorité, Emmanuel Macron a évoqué un droit d’asile « détourné de sa finalité par des réseaux ».

Un jugement répété plusieurs fois par l’exécutif ces derniers jours : mercredi 23 septembre au micro de France inter, Gérald Darmanin, parlait quant à lui de « dévoiement » du droit d’asile.

Ce lundi 7 octobre, un débat s’ouvre à l’Assemblée sur l’immigration et le droit d’asile. Ces mêmes questions seront ensuite débattues au Sénat. D’après le journal Le Monde, le ministère de l’Intérieur va soumettre un projet concernant les demandes d’asile, les prestations sociales, le durcissement de l’immigration familiale, et l’augmentation du nombre de places en centres de rétention.

Pour toutes ses raisons, Pierre et Évelyne (les prénoms ont été changés) ont décidé de raconter leur travail au quotidien au guichet de l’OFPRA, de leur entretien avec les demandeurs d’asile aux collègues qui « craquent » parce que c’est trop dur.

Article à lire ci-contre

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Actus, Ressources

La Cimade décrypte 15 préjugés sur les migrations

25 septembre 2019

À l’occasion du débat annuel au Parlement sur l’asile et l’immigration, le 7 octobre 2019 à l’Assemblée nationale et le 9 octobre au Sénat, La Cimade actualise ce document et décrypte 15 préjugés sur les migrations. Ces déclarations sont énoncées dans les discours des politiques et sont également relayées par certains médias. 15 fiches avec des chiffres et des argumentaires pour décrypter, comprendre et proposer des alternatives pour une autre politique migratoire.

Aide médicale d’État, quotas, droit d’asile, invasion, frontières passoires, prestations sociales, regroupement familial, « Les étrangers viennent se faire soigner gratuitement en France, cela nous coûte trop cher. », « Il y a un afflux massif de réfugiés en France et en Europe. », « On peut accueillir les réfugiés politiques, mais pas les migrants économiques. », « Pour les personnes étrangères, c’est très facile de toucher les allocations. », « Il faut sanctionner plus lourdement les personnes étrangères et toutes les expulser. », etc.

La Cimade décrypte 15 préjugés sur les migrations, elle propose un argumentaire et des propositions pour déconstruire les discours qui alimentent le rejet et débattre des questions migratoires.

Ci-contreguide actualisé en septembre 2019

La_Cimade_Petit_Guide_Prejuges_2016

 

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Actus, Articles de Presse

La France est loin d’avoir pris sa part de la demande d’asile

ENTRETIEN « La France est loin d’avoir pris sa part de la demande d’asile » 30/09/2019

Article paru dans Alternative Economique

Sociologue et démographe, ancien directeur de l’Ined (Institut national d’études démographiques), François Héran est professeur au Collège de France, titulaire depuis 2017 de la chaire « Migrations et sociétés ». Il est également directeur de l’Institut Convergences Migrations, porté par le CNRS et sept autres institutions. Dans cet entretien, il relativise les efforts réalisés par la France pour accueillir les demandeurs d’asile et revient sur les termes du débat lancé par Emmanuel Macron sur l’immigration.

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Rapport illustré sur le règlement Dublin et ses conséquences

Rapport illustré sur le règlement Dublin et les conséquences de son application en France.

Source : rapport illustré réalisé par le Secours Catholique en collaboration avec des demandeurs d’asile en octobre 2019.

Il explique à travers une bande dessinée :

l’absurdité du règlement Dublin.
le parcours semé d’embûches de la personne qui souhaite pouvoir faire sa demande d’asile en France
les défaillances des politiques d’accueil de la France,
les angoisses générées par des procédures opaques pour les personnes qui ne bénéficient pas la plupart du temps d’un accompagnement leur garantissant l’accès au droit ; le règlement Dublin, synonyme de violences et de violation des droits fondamentaux,
etc.

A lire absolument !!  rapport_dublin

https://www.secours-catholique.org/actualites/dublin-lurgence-de-mettre-fin-a-un-reglement-kafkaien

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Actus, Ressources, Ressources militantes

VADE-MECUM à l’intention des participants au DÉBAT PARLEMENTAIRE SUR LA POLITIQUE MIGRATOIRE

crédit photo : assemblée nationale
A LIRE ABSOLUMENT !!

(OU A REGARDER CI-CONTRE  : )

Le CMB34 est signataire du Vade-mecum qui va être envoyé aux parlementaires qui vont participer aux débats sur la politique migratoire, le 30 septembre et le 2 octobre.
http://www.exils.org/vade-mecum/

Le 30 septembre et le 2 octobre se tiendra à l’Assemblée nationale puis au Sénat le premier débat parlementaire annuel sur la politique migratoire. Nous nous permettons de vous adresser ce vade-mecum rappelant des données factuelles pour rétablir certaines vérités, et quelques réflexions afin d’alimenter positivement, nous l’espérons, vos débats. Nous ne sommes que quelques-uns parmi des milliers de citoyens qui accompagnent des étrangers dans la défense de leurs droits fondamentaux, ou plus simplement qui les accueillons chez nous.

La France est-elle humaniste, voire laxiste ?
C’est ce qui a été sous-entendu il y a quelques jours par le chef de l’État. Nous entendons régulièrement, d’une part, que la France serait « le deuxième pays européen en termes de demandes d’asile » et d’autre part que notre pays serait l’un des seuls à avoir une croissance des demandes, alors qu’à l’échelle européenne la tendance est à la baisse. Il nous semble utile de rappeler la réalité des chiffres. D’une part, la France est certes en deuxième position en termes de demandes « brutes », mais il est impératif de rapporter ce chiffre à la population de chaque pays. Le seul indicateur valable est le nombre de demandeurs par millions d’habitants, et cette fois nous redescendons au… 9e rang européen ! La Suède, l’Allemagne, l’Islande, le Luxembourg, le Liechtenstein, Malte, la Grèce et Chypre accueillent proportionnellement largement plus de demandeurs d’asile que la France. D’autre part, sommes-nous le seul pays à voir le nombre de demandes continuer à croître ? Non plus… Entre 2017 et 2018, il y a eu +20% de demandes d’asile en France. Mais il y a 8 pays qui ont une croissance plus élevée. Le Portugal (+22%), la Slovénie (+95%), les Pays-Bas (+27%), Malte (+26%), Chypre (+70%), l’Irlande (+26%), la Belgique (+29%), ou encore l’Espagne (+70%). Quant à notre taux d’obtention de l’asile en première instance (28%), il nous place au… 25e rang européen*. Ces chiffres démontrent, de manière factuelle, que loin d’être « laxiste », c’est-à-dire ouverte, par rapport aux autres pays européens, la France ne reçoit pas tant de demandes d’asile, mais elle en rejette plus que les autres.

Le droit d’asile est-il dévoyé ?
Oui, il est dévoyé par la France, par l’Europe, qui refusent d’ouvrir des voies légales d’immigration, qui bafouent les principes d’égalité des droits de l’Homme. En tant que Français, je peux accéder à cent quatre-vingt huit pays sans même avoir besoin d’un visa. Ne fuyant ni la guerre ni la misère, toute installation dans un autre pays ne serait rien d’autre qu’une émigration économique, ou « de confort ». Un Afghan, lui, ne peut se rendre que dans une trentaine de pays sans visa, et aucun de ces pays n’est européen. Idem pour un Soudanais. Ceci démontre le paradoxe suivant : nous « condamnons » l’émigration économique, mais nous sommes les premiers à la pratiquer. Et plus l’émigration est vitale, plus nous l’entravons. En 1951, la France et beaucoup d’autres pays ont signé la convention de Genève relative au statut de réfugié, nous nous sommes engagés à accueillir et accorder une protection aux personnes qui fuient les persécutions. Aujourd’hui, l’Europe ne respecte plus ses engagements. Une étude du centre de recherche de l’Union Européenne indique que 90% des personnes qui obtiennent le statut de réfugié sont entrés de manière irrégulière en Europe. Ce n’est pas par choix, c’est la conséquence de l’incapacité des États membres à proposer des voies légales d’immigration. Qui peut croire un seul instant que ces hommes femmes et enfants ne préféreraient pas venir avec un visa, en payant un billet d’avion ou un bateau régulier, en toute sécurité ? Le droit d’asile ou celui d’être reconnu mineur sont les deux seules fenêtres, étroites, que nous avons laissées entrouvertes, coupant toute possibilité d’immigration simple avec un visa. C’est la France, c’est l’Europe, qui font le jeu des passeurs en continuant de refuser d’ouvrir des voies légales d’immigration, qui poussent les jeunes à partir de plus en plus tôt pour échapper à nos règlements injustes. C’est nous qui créons les conditions obligeant les personnes à entrer de manière irrégulière. C’est nous qui fermons nos frontières et laissons mourir à nos portes des milliers d’hommes, femmes et enfants. Pour ceux qui arrivent à échapper à l’enfer Libyen, à la prison et à l’esclavage, puis à survivre à la traversée de la Méditerranée, quand ils débarquent enfin en Europe nous les enfermons dans la torture administrative du règlement Dublin, qui les force à déposer une demande d’asile dans un pays qu’ils n’ont pas choisi, ou ils ont potentiellement moins de chances d’obtenir une protection ou de s’intégrer. Ce règlement injuste, irrationnel, qui déséquilibre l’Europe, est en passe d’être réformé. Mais ce qui est prévu est sans doute pire : les demandeurs d’asile seront contraints d’aller dans les pays les moins accueillants d’Europe. Toutefois, ces derniers pourront les refuser, moyennant une « compensation financière » à l’Union Européenne. L’Europe s’apprête donc à monnayer, à 50 ou 100 000 euros par tête, des hommes, femmes et enfants qui, après avoir été, pour certains, victimes de l’esclavage en Libye, lui demandent une protection. Il existe pourtant une option pragmatique et respectueuse du droit : le libre choix du pays d’asile.

Faut-il absolument renvoyer les déboutés du droit d’asile ?
Autre argument pernicieux, ce serait « pour leur bien », donc par vocation humaniste qu’il faudrait intensifier les expulsions des personnes qui n’ont pas pu obtenir un titre de séjour en France. Mais qui sont ces « déboutés du droit d’asile », ces « sans-papiers » ? Nous les côtoyons, nous les accompagnons, nous pouvons témoigner que ce sont des hommes, femmes et enfants qui n’ont qu’une seule aspiration : vivre sereinement parmi nous. Être « débouté du droit d’asile » ne veut pas forcément dire que sa situation ne relève pas du statut de réfugié, mais juste qu’il n’a pas été possible de le prouver. Être un sans-papier, ne pas avoir de titre de séjour, veut juste dire qu’il n’a pas été possible de rentrer dans une des « cases », très restrictives, que la France exige pour avoir le droit de rester sur son sol. Nous les côtoyons, nous les accompagnons, ces familles qui ont parfois plusieurs enfants scolarisés, nés en France, ces familles parfaitement intégrées, qui parfois ont travaillé, ont payé des impôts pendant plusieurs années et qui, du jour au lendemain, se voient refuser un renouvellement de titre de séjour et deviennent « indésirables » aux yeux de l’administration. Nous les suivons, nous les hébergeons, ces jeunes qui ont traversé plusieurs pays et la Méditerranée, au péril de leur vie, et qui, une fois arrivés, voient leur minorité contestée en vertu d’évaluations hasardeuses, de tests osseux ineptes et humiliants, et qui se retrouvent du jour au lendemain en « zone grise » : majeurs pour ceux qui accueillent les mineurs, mineurs pour ceux qui prennent en charge les majeurs… donc à la rue, sans aucune aide pendant le temps que demande leur recours devant le tribunal. Nous les entendons, ces responsables d’établissement scolaires, ces petits patrons, qui ne comprennent pas que l’administration les prive de ces élèves ou apprentis volontaires motivés. Seule une petite partie des déboutés retournent dans leur pays, c’est un fait, malgré les nombreuses aides au retour, malgré la dureté du statut de sans-papiers en France. Au lieu de les stigmatiser, de les précariser encore plus, il est temps de prendre conscience que s’ils font le choix, difficile, d’une vie en France sans statut, c’est qu’une vie dans leur pays serait encore plus invivable.

« Les Français en ont assez de l’immigration »
Nous craignons déjà d’entendre ces mots lors des débats, tellement nous les avons entendus lors de certaines prises de parole. L’immigration est un sujet européen, et aux dernières élections européennes les 2 partis arrivés en tête ne représentent ensemble qu’un peu plus de 11% du corps électoral, et 9% des français de plus de 15 ans. Quand vous vous exprimerez le 30 septembre et le 2 octobre, gardez en tête qu’au mieux vous ne pouvez parler qu’au nom d’un dixième des français. Personne n’est légitime à parler au nom de tous les Français. Nous qui vous interpellons par ce courrier, nous ne sommes qu’une poignée de citoyens, nous ne représentons que nous-même, mais nous vous demandons de ne pas oublier qu’il y a aussi une France qui accueille, qui héberge, que ce soit en ville ou dans les zones rurales. Une France qui regrette profondément de devoir pallier les carences de l’État. Il existe une France qui accompagne les étrangers dans les préfectures, qui constate que celles-ci, souvent, ne respectent même pas les lois, pourtant déjà très restrictives en ce qui concerne les étrangers. Une France qui refuse d’être définie par le Président de la République comme bourgeoise, et qui refusent qu’on renvoie la xénophobie aux classes populaires, mais une France citoyenne, active, qui s’engage et donne de son temps pour aider TOUTES les personnes en difficulté, et qui refuse d’opposer les Français et ceux qui ne le sont pas. Nous tenons à votre disposition des cas exemplaires de quartiers et de villages qui accueillent de nombreux réfugiés. Nous ne le faisons pas par idéologie, mais par pragmatisme. Nous sommes convaincus qu’il est dans l’intérêt commun d’œuvrer, à notre modeste échelle, à l’accueil et à l’intégration des personnes qui souhaitent venir dans notre pays. Nous n’affirmons pas être une majorité à penser ainsi, mais nous pouvons au moins affirmer que nous sommes nombreux, toutes tendances politiques confondues, et nous constatons chaque jour que cet engagement porte ses fruits. Nous avons l’intime conviction que beaucoup de nos concitoyens qui sont actuellement opposés à l’accueil des étrangers changeraient de point de vue s’ils avaient l’occasion de se forger leur opinion par eux-mêmes, s’ils fréquentaient les personnes en attente de refuge, s’ils n’étaient pas aveuglés par les discours opportunistes et mensongers de ceux qui n’ont d’autres objectifs que d’accéder ou de se maintenir au pouvoir, y compris en faisant de l’étranger un bouc-émissaire.

Un débat sur l’immigration… sans les immigrés ?
En même temps, nous constatons amèrement que, sauf erreur, les débats vont se tenir sans qu’à aucun moment la parole ne soit donnée aux principaux concernés, à savoir les immigrés. Ce manque nous semble symptomatique de la déconnexion de nombreux parlementaires avec la réalité du terrain de l’immigration, celle que nous vivons au quotidien. Certes, certains d’entre vous vont parfois à la rencontre des demandeurs d’asile, des mineurs isolés, des sans-papiers, nous n’en doutons pas, mais est-ce le cas pour la majorité d’entre vous ? Vous vous apprêtez à débattre d’un sujet qui touche des milliers d’hommes, femmes et enfants, vous allez discuter de leurs perspectives d’avenir, de leurs parcours, des raisons qui les ont poussés à quitter leur pays, des raisons qui les ont fait choisir la France, de pourquoi elles restent et des droits auxquels elles ont droit. Donc nous vous invitons, députés, sénateurs, à aller discuter, hors caméra, dans un simple échange humain, ne serait-ce qu’une heure avec ceux que l’on nomme migrants, réfugiés, exilés, sans-papiers, mais qui sont avant tout des hommes, femmes et enfants.

AUTEURS :
David Torondel – Ligue des droits de l’Homme Quimper
Marie Cosnay – appel J’accueille l’étranger
Philippe Aigrain – appel J’accueille l’étranger
Eric Fassin – Sociologue

http://www.exils.org/vade-mecum/

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Pétition : non au changement de fonctionnement de la carte d’allocation des demandeurs d’asile

Le 2 aout, l’OFII a officielement annoncé un changement de fonctionnement de la carte bancaire qui est donné aux demandeurs d’asile, afin de percevoir leur allocation.

« À partir du 5 septembre, la carte de retrait d’espèces remise aux bénéficiaires de l’Allocation de demandeur d’asile (ADA), deviendra une carte de paiement. Elle permettra gratuitement 25 paiements, dans la limite de son solde. Au delà, il sera décompté 0,50 € par opération. »

Signer la pétition ICI

 

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